Autre version de la Saintelyon

Publié le par Christophe Leprince

Un grand merci aux deux coureurs de fond (ultra-fond peut-on dire...) qui nous font revivre leur aventure.
Hier soir, Christophe m'a communiqué, tel un grand reporter, son article sur la course. Merci beaucoup à lui, et bonne lecture à tous.

ps: pour ceux qui préfèrent avoir directement la version word, cliquez ici.

"Une vision de la Saintelyon sous l’angle des cuisses de Christophe « Georges » Cousin …

 Que peut-on faire en pleine nuit, dans les bois et monts de la région lyonnaise, début décembre, si ce n’est courir?

 C’est bien en partant de cette très simple observation que Vincent et moi nous sommes engagés dans le défi de la Saintelyon (www.saintelyon.com), même si Vincent, comme tout le monde l’aura deviné, a tout d’abord pensé à une tout autre activité de nuit… Petit retour sur ce week-end lyonnais.

 Tout commence vendredi soir  avec un nième plat de pâtes à notre arrivée dans la région de Vienne, lieu de notre hébergement. Nième car pour ce genre de course, il faut bien plus de pâtes que de sang ! Et aussi, une certaine dose de stupidité, très peu de neurones ou avoir perdu un pari …

 Un réveil Tardif samedi matin, un petit déjeuner là aussi de pâtes, quelques premières tensions dans les jambes, et nous voici partis pour récupérer nos dossards à Saint Etienne. Eh oui, premier indice du parcours: le point de départ, Saint Etienne. Deuxième indice : la présence de fournisseurs de matériels de raids et de lampes frontales au hall des expos de Saint Etienne où nous attendent nos dossards. Cette course sera donc un raid et de nuit, plutôt qu’un jogging d’un dimanche matin! Départ fixé à minuit le soir même, la tension monte, les jambes se raidissent à 12 heures du départ. Il est naturellement grand temps de déjeuner … d’un plat de pâtes et moi de rêver aux lendemains heureux de dîners raffinés et autres vins délicats ! Pôvre Vincent qui ne pense qu’à chercher une fille lui …

 Un déjeuner de pâtes et nous voici partis pour Lyon pour quelques derniers moments de détente. Détente mais aussi finition puisque nous profitons d’un magasin spécialisé en course à pied pour compléter notre ravitaillement mais aussi acheter dans une pharmacie voisine les incontournables pansements pour nous protéger des frottements sur les seins. Nous devons comptabiliser à nous deux près de 20 tubes de gel énergétique et autres tablettes de céréales ou pâtes (arrrggghhh) de fruits (ahhhhh), des pansements et de la vaseline, là aussi pour les frottements (note : ce n’est définitivement pas Vincent qui écrit, faute de blagues sur ces produits …). Par ailleurs, le moment du départ approchant petit à petit, c’est aussi 20 neurones max que chacun de nous pensons avoir pour nous être inscrits et vouloir toujours continuer. Sans compter que Buddh a dit « Les routes ne sont pas faites pour les destinations mais pour les voyages » : ce qui nous fait penser qu’il ne devait pas courir … En tout cas, une courte division, une légère addition et une petite multiplication : tous ces produits sont bien pour une longue, très longue distance.

 69 kms nous attendent donc pour la nuit à venir, au départ de Saint Etienne et à destination de Lyon. Un terrain de course fait de 50% de chemin et 50% de route, pour un dénivelé positif de 1300m et négatif de 1700. Pas de quoi être négatif à quelques heures du départ en somme ! C’est juste qu’on les a grosses comme des olives … Petite tension peut-être ?!

 Une sieste à 19h, un dernier dîner (passons sur le menu), quelques blagues lourdes pour s’alléger, et là Vincent domine, et c’est déjà le moment de la préparation du matériel. Contrôle des sacs, remplissage des camel back, massage à la crème chauffante, collage des pansements, etc. L’événement approche et nous sommes aussi à l’aise que si nous faisions du tricot (la distance en moins !).

 Ce n’est pas pour moi la première expérience de la Saintelyon après en avoir couru 30 kms l’an dernier, l’épreuve pouvant être courue seul, à deux, trois ou quatre, avec des relais le long du parcours, dans certains villages. Je sais la difficulté de l’épreuve, notamment lorsqu’il a plu comme aujourd’hui, les sensations si particulières de la course de nuit, et c’est « foutues » flaques de boue qui font craindre les ampoules…

 23h45 … Nous sommes comme des vers dans nos collants, bonnets sur la tête, et lampes allumées. Dernières obsessions : serrer/desserrer les lacets, fermer toutes les ouvertures (il fat 1°C à Saint Etienne) et se détendre sous le coup du flash (cf. les photos).

 Minuit. It’s time to run et le départ est donné sous U2 et son Light my way. Motivation, excitation mais surtout, on est partis pour 69 kms avec comme seul abandon possible, le relais à 28 kms. Faut pas se louper : il faut être mort ou en pleine forme à 28 kms. Avant ou après, c’est débrouille gars, au pire tu te nourriras de sangliers ou le contraire !

 La première partie de 16 kms réputée difficile par le dénivelé passe bien. On s’économise, marche quand la pente est trop forte. Bref, on ne fait pas les cowboys, malgré la démarche de Vincent que l’on dira due aux frottements de son collant et au pansement collé à l’entre-jambe.

 Les ravitaillements et là aussi de vrais arrêts de trois ou quatre minutes pour s’alimenter, gérer le froid et la fatigue. Et hop, de retour dans la course avec un passage entre les 16ème et 46ème kms assez long. Des bois, des champs, très peu de bitume pour se reposer, des pierres, des flaques, des feuilles et beaucoup de changement de rythme. Nous sommes sur une perspective d’arrivée au km 46 à 5h du mat’. Eh oui, ce sont des bases que certains diront lentes, mais que nous avons choisies pour tenir. Tenir reste le maître-mot sur ce genre d’épreuve où le dernier est arrivé en plus de 15h cette année. Bon, ok, le premier, en un peu moins… Arriver était et est donc notre but cette nuit. Entre 3h30 et 5h00, la nuit aura été longue pour moi : supporter les blagues de Vincent, supporter les jeux de Vincent, supporter que Vincent fasse des blagues aux autres coureurs, supporter que Vincent passe sa main dans son collant (pour les frottements ou pour se rassurer que l’absence de sensation vient bien du froid et non d’un malheureux accident de course), etc. Une vraie résistance, et je ne parle pas de cette eau fraîche qu’il a fait couler de mon camel back et qui a doucement mais inexorablement roulé sur mes reins… Il aurait mérité une vieille béquille bien sentie J. Quoiqu’il en soit, plus jamais je ne m’occuperai de ses seins après ce coup de Trafalgar !

 46ème km. Nous voici à 23 kms de Lyon et au relais sensé marquer la fin de la pente positive ou du moins des vraies difficultés. Quelques biscuits, un peu de pommade que nous avions emmenée pour les cuisses et de retour sur la route …

 Et, oui, moins de difficultés, du moins en théorie, si on excepte une pente de 20% au km 57 ! C’est fou comme on peut rapidement devenir vulgaire à l’encontre des organisateurs dans ces conditions!

 Nous passons la pente en marchant. Les kms pèsent, les sacs se vident, l’espoir maintient mais difficilement. Nous passons en tout cas plus que nous n’avons jamais fait, Vincent 32 kms et moi le marathon. Mais, on ne peut se contenter de ces distances, seule l’arrivée compte même si la Saintelyon dite d’argent (moins de 7h20 de course) nous échappe… Il est prêt de 7h alors. 7h du matin, 7h de course et nous ne sommes pas prêts de rejoindre douche et lits…

 Les villages s’enchaînent, les pentes, les descentes, les virages,… C’est dur, très dur. Et je ne parle pas de cette boulangerie que nous avons passée et d’où sortait une douce odeur de croissants, bien lointaine de celle des gels.

 Et là, 60ème, le panneau délimitant Lyon devant nous ! Notre première victoire ! Reste à rallier une arrivée que nous ne laisserons pas filer malgré nos douleurs. Cette course est pour nous, à deux, en même temps. Pas question que l’un arrive sans l’autre : c’est l’esprit de notre course et de notre engagement, l’équipe que nous formons.

 Les kms décroissent. 7, 6, 5 … Jamais ce qui n’est qu’une formalité d’entraînement n’a été aussi long. Bien heureusement, des coups d’œil circulaires nous révèlent Lyon au lever du jour, le Rhône, les vieux quartiers. C’est bôôôôô mais aïeeeee tout de même.

 Le panneau du dernier kilo est visible, nous entendons les hauts-parleurs, à droite, nous pouvons apercevoir la ligne d’arrivée. Les dernières forces, allure constante, soutenue, nous entamons le final. Enorme, nous y sommes, Vincent y est, j’y suis, c’est à deux que nous passons la ligne en un peu plus de 8h et le diplôme de bronze en plus de ce t-shirt de finisher.

 Un simple t-shirt mais symbole d’une très longue route, de beaucoup d’efforts physiques et mentaux. Mais tout de même, 8h d’efforts pour un t-shirt, y’a comme un paradoxe !

 Et d’autres arrivent inexorablement. Le dernier mettra plus de 15h. Bravo à lui aussi.

 10h, nous sommes à Vienne. La douche, incroyable, le lit, difficile avec toute la tension que nous avons accumulée, la maison et ses promesses de déjeuner, de bœuf bourguignon et de gâteau au chocolat (merci à ma belle famille !). 14h, le lever. C’est fini, c’est fait.

 A chacun d’imaginer maintenant comment nous avons pu marcher aujourd’hui … !"

 

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Publié dans Infos generales

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