32 km avec le dossard 117

Publié le par ben,bruno,lionel b.

 

Gage de porte bonheur, pour le dossard 117, c’est un valet de pique qui l’accompagnera dans cette épreuve. 14h30 le départ est donné de Plevenon, cela pourrait être ailleurs, ça n’a pas grande importance. Le problème reste le même, faire parcourir à son cerveau les 32 km annoncés des plus difficiles. Plus de 1000 personnes au coup de pistolet et le dossard 117 au milieu de tout cela. Comme beaucoup d’autres à cet endroit, avec ses motivations, ses questions et ses réponses sportives qu’ils n’attendent plus.  « Dans quelle galère me suis je lancé ? ». Plus le temps d’y penser. Il commence en groupe et dans la bonne humeur. Le dossard 117 pose son rythme, sans regarder sa montre. Cette longue balade dans le bourg est fort agréable pour débuter. L’atmosphère festive de tous ses supporters lui fait oublier ses doutes… Il maîtrise son corps, sa tête et respecte son objectif de ne pas se mettre rapidement dans le dur.Il goute à la liberté de la course à pieds et n’a d’autre but que de garder sa cadence car c‘est la première fois qu’il va courir aussi longtemps. Chemin faisant, le dossard 117 avance dans l’inconnu sur les pas des douaniers où s’entremêle intimement landes et bruyères. Au 2ème ravitaillement, la chaleur l’accable, la tête ne maîtrise plus le corps et il reste plus de 20 kms.!! Les gamins de l’ASLH lui tapent dans les mains, courent sur ses traces et le réconfortent: : il n’est pas seul. Pourtant il commence à comprendre les propos de Chauvelier « l’avantage d’un premier marathon, c’est qu on ne sait pas ce que c’est ». Mais le dossard 117 est venu pour cela : explorer ses ressources mentales et physiques, se connaître un peu mieux, expérimenter ses limites.

Maintenir le rythme sur ces chemins caillouteux et sableux  est devenu impossible.il ralentit quelque peu l’allure car les kilomètres sont longs et il en reste beaucoup. L’appareil photo emporté est devenu inutile car la beauté des paysages s’estompe par la difficulté du tracé. Le dossard 117 sait que sa préparation n’a pas été parfaite (blessure, boulot…). Au prochain ravito, il avale tout ce qu’il peut, prend des poignées et des gorgées d’à peu prés tout, le voilà entre Gargantua et la grande bouffe. Il avance comme un robot, et se dit qu’il faut être un peu masochiste pour courir ici alors qu’au même endroit des familles bronzent au soleil sur les plages. Sa course consiste désormais à essayer de ne plus penser au mal, à détourner ses pensées négatives, à atteindre cette fichue pancarte du dernier km. Le temps devient une donnée relative, il est entré dans un autre temps celui de la souffrance, celui ou chaque foulée devient une raison de satisfaction en soi. A force de ne pas s’arrêter complètement et de suivre ses compagnons de route, les kilomètres finissent par passer 24, 25, 26… Proche du but, sa foulée devient marche à la moindre difficulté. Sa tête tourne à droite et à gauche, regarde les visages des autres et comprend qu’il n’est pas tout seul.  le port d ‘Erquy et l’arche d’arrivée en vue, il retrouve subitement du souffle et des jambes malgré les crampes. Les derniers mètres sont les plus exquis et les plus durs aussi mais c’est pour cela qu’il est venu, pour ce moment de grâce. La ligne franchie, le bonheur ultime et derrière plus rien, le vide. Le mental qui lui permettait d’avancer, c’est évanoui. Il ne lui reste plus qu’un océan de souvenir et ses raisons à lui d’aller jusqu’au bout malgré les douleurs.
Seul le dossard 117 les connaît toutes.

trame du texte inspiré de lionel b. (journaliste).merci à lui de relever le "niveau" de notre assos
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Publié dans Infos generales

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