32 km avec le dossard 117
Maintenir le rythme sur ces chemins caillouteux et sableux est devenu impossible.il ralentit quelque peu l’allure car les kilomètres sont longs et il en reste beaucoup. L’appareil photo emporté est devenu inutile car la beauté des paysages s’estompe par la difficulté du tracé. Le dossard 117 sait que sa préparation n’a pas été parfaite (blessure, boulot…). Au prochain ravito, il avale tout ce qu’il peut, prend des poignées et des gorgées d’à peu prés tout, le voilà entre Gargantua et la grande bouffe. Il avance comme un robot, et se dit qu’il faut être un peu masochiste pour courir ici alors qu’au même endroit des familles bronzent au soleil sur les plages. Sa course consiste désormais à essayer de ne plus penser au mal, à détourner ses pensées négatives, à atteindre cette fichue pancarte du dernier km. Le temps devient une donnée relative, il est entré dans un autre temps celui de la souffrance, celui ou chaque foulée devient une raison de satisfaction en soi. A force de ne pas s’arrêter complètement et de suivre ses compagnons de route, les kilomètres finissent par passer 24, 25, 26… Proche du but, sa foulée devient marche à la moindre difficulté. Sa tête tourne à droite et à gauche, regarde les visages des autres et comprend qu’il n’est pas tout seul. le port d ‘Erquy et l’arche d’arrivée en vue, il retrouve subitement du souffle et des jambes malgré les crampes. Les derniers mètres sont les plus exquis et les plus durs aussi mais c’est pour cela qu’il est venu, pour ce moment de grâce. La ligne franchie, le bonheur ultime et derrière plus rien, le vide. Le mental qui lui permettait d’avancer, c’est évanoui. Il ne lui reste plus qu’un océan de souvenir et ses raisons à lui d’aller jusqu’au bout malgré les douleurs.
Seul le dossard 117 les connaît toutes.
trame du texte inspiré de lionel b. (journaliste).merci à lui de relever le "niveau" de notre assos
Publicité