LE RECIT DE PATRICE SUR SA "555+"

Publié le par patrice fayol lui-meme

 

          Notre aventure commence à l’aéroport Charles de Gaule, où avant d’embarquer, notre organisateur arrive et débarque sur le trottoir un tas de cartons. «  C’est votre nourriture pour les CP (check point). Vous aurez chacun un plat chaud, une salade en entrée et un dessert dans chacun des CP » C’est presque trop beau. Aurait-il tout prévu ? Mais il nous reste à faire des paquets de tout cela afin d’embarquer chacun une quantité, car Alain n’a prévu aucun fret.

 

          Arrivés au Caire, nous devons nous débrouiller pour entrer les 86 points de coordonnées GPS manuellement. Il me faudra plusieurs heures. Après contrôle, il s’avère que j’avais fait quelques erreurs. Cela suffit à être inquiet, car ce GPS est notre seul guide au milieu des dunes.

 

          La course est prévue le lundi matin à 9h00. Il y aura 2h00 de 4x4 dans le désert afin de rejoindre le point de départ. Les coureurs sont prêts pour 7h00, sac sur le dos. Mais la logistique faîte par les Bédouins semble rencontrer quelques problèmes. Alors que les coureurs en profitent pour vérifier encore une fois le fonctionnement des GPS, les Bédouins eux, semblent s’affairer à l’organisation des différents CP.

Finalement nous rejoignons la ligne de départ vers midi. Le temps de manger une petite salade en guise de repas, car le petit déjeuner de 5h45 est déjà bien loin. Alain Gestin nous fait un petit discours avec quelques rappels de consignes et après quelques encouragements mutuels, les coureurs sont lâchés sous une chaleur déjà pesante.

 

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C’est Pascual Brandi qui lance la course. Cet Italien, vainqueur officiel de l’édition précédente (avant d’être déclassé), vient pour écraser la course.  Il se vante auprès de ses collègues Italiens qu’il lavera l’affront de 2006 et « me mettra cette année au moins 20h00 ». Et pour y arriver, il court avec quasiment rien sur son dos. Il part donc rapidement. Pour ma part, je ne change rien aux éditions précédentes. Je pars relativement tranquille. Je suis rapidement suivi par Roberto Zanda, un autre Italien de Sardaigne. L’édition précédente lui avait laissé pas mal de mauvais souvenirs. Il souhaitait cette année se faire remarquer mais sur le devant de la course.

 

 

 

          Les 22 premiers kilomètres seront très difficiles. Est-ce dû au fait que nous sommes partis en plein soleil sans possibilité d’acclimatation ? Ou bien au fait d’être parti l’estomac presque vide ?  J’ai fait cette distance en ayant bu déjà deux litres et demi d’eau. Pascual est déjà passé depuis plus de 30’ et Roberto,  lui, me suit à deux pas. Il rencontre pas mal de difficultés avec son GPS et à plusieurs reprises, je lui ai réglé correctement en lui montrant comment l’utiliser. En passant à ce premier CP, Alain est présent et nous précise qu’il n’a rien prévu à manger à ce point là. « Vous mangerez au prochain… » Oui, mais il faut encore faire 22km et cela commence à faire loin. Heureusement j’ai ce qu’il faut dans mon sac. Après avoir refait le plein d’eau et avant de repartir, Alain dit à Roberto de bien rester avec moi si possible toute la nuit car il n’a pas confiance dans sa navigation.

          Le GPS est notre seul outil de navigation. Il est donc très précieux. L’idéal est de ne pas trop y toucher et de bien veiller à ce qu’il affiche. Mais Roberto ne comprend rien à son fonctionnement et à peine reparti, je suis obligé de lui remettre correctement. Le sien est tout en Italien, alors je lui fais en comparaison avec le mien. Je partage également avec lui ce que j’ai à manger. Et à chaque fois que je touche à mon GPS je lui explique ce que je fais afin qu’il se forme. Car je sais bien qu’il ne sera pas toujours avec moi et qu’il devra se débrouiller seul.

 

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          Le soleil se cache de bonne heure. Fini aujourd’hui pour la chaleur et il reste une heure environ pour rejoindre le CP2. Roberto souhaite que l’on s’arrête afin de sortir nos lampes frontales. Je lui fais signe que non, nous irons ainsi jusqu’au CP 2. Il n’est guère rassuré et me suivra tout de même jusqu’au bout sans difficulté. Là, nous espérons manger quelque chose de solide, car nous avons très faim. Mais les Bédouins sont à peine installés. Alors je trouve une boite de raviolis que j’avale rapidement et froids afin de ne pas perdre trop de temps. Je refais le plein d’eau, car j’ai encore bu mes deux litres et demi. Et puis nous repartons avec nos lampes frontales.

          Pour rejoindre le CP3 ; nous devons franchir un champ de pierres. Il est donc nécessaire de faire très attention à nos pieds. Je communique un peu avec Roberto qui reste toujours deux pas derrière moi. Je me rends compte qu’il boit très peu. Mais il est habitué à la chaleur, ce qui est loin d’être mon cas. Je bois encore beaucoup d’eau malgré la nuit. Mais je sais qu’il faut compenser le manque de la journée. Nous rejoignons le CP3 sans difficultés particulières. A cet endroit, je prévois de me masser les pieds. C’est très bénéfique de le faire de temps en temps. Mais en remettant mes chaussures, j’ai la désagréable surprise de m’apercevoir que toute la partie supérieure de la chaussure droite s’est désolidarisée de la semelle. Le pied n’est donc plus tenu correctement. La guêtre cousue sur la chaussure permet néanmoins de maintenir la chaussure à l’abri des problèmes. Roberto commence à se plaindre de quelques douleurs aux pieds. Sans doute dues à quelques chocs avec les pierres. Etienne nous a rejoints et quitte ce CP3 avant nous.

 

 

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          Nous repartons ensemble vers le CP4. Nous y serons rapidement, car dans ma tête je maintiens le cap sur 6 CP pour les 24 premières heures. Roberto se couvre pour la nuit. Lui qui court assez dévêtu en plein soleil, se couvre énormément la nuit. Moi de mon côté, je prends simplement un coupe vent. Au 4ème CP je sais que j’aurai mon premier drop bag. Il nous faudra environ 1heure pour reprendre Etienne. C’est toujours un champ de pierres que nous traversons, ce qui n’arrange pas Roberto.

 

 

          Je cours quasiment tout le temps, mais je suis souvent obligé d’attendre Roberto, car le rythme est trop important pour lui. Il se plaint de plus en plus de ses pieds. Mais de mon côté, j’ai le sentiment d’avoir suffisamment attendu pendant la nuit. Maintenant je souhaite avancer à mon rythme. Roberto essaie de faire l’effort, mais difficilement. Il s’accroche malgré ses douleurs. Lui qui fait partie des meilleurs coureurs au Marathon des sables, se rend compte que la difficulté est bien plus importante ici.

Arrivé au Cp6, un repas bédouin nous attend. C’est agréable d’avoir un vrai repas. Je l’apprécie pendant que Roberto cherche à joindre le corps médical pour ses pieds. L’organisation n’ayant eu que 6 téléphones satellite, seuls quelques coureurs en bénéficient. Roberto en a un et me le passe car il parle mal le français. J’explique à Isabelle (infirmière urgentiste) l’état des pieds de Roberto. Elle ne peut se rendre au CP6 actuellement. Je lui précise alors que je repars sans attendre et que je me charge d’emmener mon équipier au CP7 en espérant qu’elle pourra s’y rendre. Roberto rouspète un brin, mais se dépêche de se préparer afin de repartir avec moi. Pascual a déjà pris beaucoup d’avance sur moi, mais cela ne me gêne pas encore. Il est rapide certes, mais pourra t-il tenir ce rythme sur toute la distance ? Je sais que je ne m’inquièterais pas tout de suite. Mon rythme augmentera avec le temps, et il reste tout de même 20 CP.

          Nous repartons ensemble vers le CP7 pour cette deuxième journée. Je vois bien que Roberto a mal aux pieds. Je lui fais comprendre qu’il est important pour lui de trottiner afin de limiter les douleurs. M’étant engagé à l’emmener au CP suivant, je suis obligé de m’adapter à son rythme ce qui va avoir rapidement comme conséquence pour moi d’avoir une ampoule à chaque talon. Arrivés au CP7, pas d’infirmière, mais Alain est présent avec Patrick le journaliste de France 3. Je me soigne mes deux ampoules rapidement et je dis à Roberto que je repars immédiatement. Il se précipite alors afin de repartir avec moi. Je lui fais comprendre que ce n’est plus possible, mais Alain me demande de le garder avec moi et de ne pas forcément chercher à rattraper Pascual qui est déjà loin devant. Roberto se dépêche et se colle à moi pour reprendre la route. Je comprends alors que je vais faire la deuxième nuit avec lui. Cela n’arrange pas mes affaires, car cela me démange énormément d’accélérer le rythme.

 

 

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          La route vers le CP8 est longue et Roberto devient un frein à ma progression. Mais je ne me vois pas le laisser seul dans la nuit. J’accepte donc de faire le St Bernard pour cette deuxième nuit. Dans ma tête, il est clair qu’au lever du jour, je partirai seul à la poursuite de l’Italien.

Nous arrivons au CP8 où un deuxième drop bag doit m’attendre. Mais à ma grande surprise, c’est un tout autre spectacle qui m’attend. De fait il y a le 4x4 de l’organisateur avec Pascual Brandi surexcité. Il est extrêmement en colère car le CP8 n’est tout simplement pas présent. Les Bédouins semblent s’être trompés d’emplacement. Les coureurs participant aux courses d’Alain savent qu’ils doivent être prêts à tous types d’aléas ! Surtout pour ceux qui se trouvent sur le devant de la course. Il peut ne pas y avoir de CP, pas de drop bags, pas à manger ….. D’où l’intérêt d’avoir ce qu’il faut dans son sac. L’italien souhaite faire arrêter la course car lui ne se sent plus en capacité de poursuivre. Il dit ne plus avoir la motivation. Mais son excitation est telle que personne ne peut réellement discuter avec lui. Il me demande d’arrêter la course. Moi je m’y refuse. Je lui propose de reprendre ensemble et d’éventuellement supprimer le classement. Il refuse à son tour. Je lui propose de prendre un 4x4 et de repartir deux CP plus loin. L’organisateur essaie également de le raisonner mais en vain. Je le laisse dans son énervement et je me glisse sous une couverture avec Roberto. J’en profite pour grignoter un morceau avec mon équipier. Je fais comprendre à Roberto que de mon côté je vais repartir et que je suis venu pour découvrir de somptueux paysages et ce, quelque soit le classement. Alors, Roberto va rentrer également dans une colère vis-à-vis de Pascual. Je ne comprends pas tout à leur échange, mais je suis souvent désigné par Roberto comme un modèle. Pascual finalement se retirera de la course et rentrera directement en Italie. Je peux néanmoins comprendre sa frustration, mais sa stratégie de course reposait essentiellement sur le fait d’avoir à chaque CP son propre ravitaillement et donc de n’avoir sur lui quasiment rien du tout. Peut être se rendait-il compte également qu’il lui serait difficile de maintenir son écart sur moi, sachant que malgré les difficultés de Roberto, j’arrivais à maintenir cet écart…

          Après une bien trop longue attente, je suis reparti avec Roberto qui était particulièrement furieux envers Pascual. Mais cette attente n’avait pas non plus permis à mon équipier de soigner ses pieds. Je lui ai alors proposé de l’emmener au CP suivant en trottinant et de lui soigner moi-même les pieds, s’il n’y avait pas d’infirmière. De mon côté,  je n’avais pas eu non plus mon drop bag. Je n’en avais mis un que tous les 4 CP. L’inquiétude dans ce cas là est toujours la réserve de piles et de nourriture. Mais avec ma réserve dans mon sac, contrairement à Pascual, j’avais de quoi faire plusieurs CP en autonomie complète. De plus, depuis le CP5 je consommais de moins en moins d’eau.

 

 

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          Roberto ne pouvait quasiment plus trottiner. J’étais sans cesse en train de l’attendre. Il nous aura fallu faire plusieurs pauses afin qu’il puisse récupérer. Même en marchant j’allais trop vite pour lui. Je savais qu’avant d’arriver au CP suivant, il y avait une énorme dune à descendre. Je suis donc allé jusqu’à cette dune où j’ai attendu Roberto près de 30’. Il ne pouvait plus avancer et me demande (enfin) de partir seul. Mais avant de le quitter, je lui explique le chemin afin qu’il ne se perde pas. J’ai rejoint le CP9 seul, heureux d’y retrouver Bernard,  chargé d’une partie de la logistique. Il m’explique que les Bédouins ont des soucis avec la logistique, et que les repas sont très mal distribués. Il n’y avait pas grand-chose pour manger dans ce CP. Après avoir fait un point sur les évènements et sur l’état de Roberto, Bernard s’est proposé de s’occuper de ses soins. J’ai donc fait ici mes 30 premières minutes de sommeil. Et au moment de repartir, Roberto entrait dans la tente. J’ai laissé ce que j’avais pour le soigner. Lui, de son côté, me préconisait de mettre dans mon sac de quoi manger au CP suivant, car là bas il n’y avait encore rien. J’ai donc glissé dans mon sac deux soupes Royco ce qui me suffirait en partie.

          J’étais maintenant seul et je pouvais enfin gérer à ma façon. De plus, il n’y avait personne devant. J’ai donc fait ce long CP en courant sous une grosse chaleur. Arrivé au CP10, il n’y avait de fait rien à manger. J’ai donc demandé au Bédouin présent de me faire mes deux soupes dans une bouteille plastique ayant le goulot coupé. Et je suis ensuite reparti afin de rejoindre le CP suivant, de jour. J’ai couru la première moitié avant de me relâcher ensuite.

          Au CP11, je me suis restauré correctement avant de repartir. Mais à mon départ, le staff médical arrive et propose de vérifier l’état de mes pieds. J’accepte volontiers car je sais très bien qu’il y a de grandes chances que je ne les revoie pas de si tôt. J’ai également une douleur importante sur le muscle qui se situe sur le côté intérieur du pied. Cela me fait comme une crampe qui ne passe pas. Mais impossible de soulager cette douleur qui s’amplifie. Alors qu’on me soigne mes deux ampoules, Alain Gestin arrive et me raconte la suite donnée avec Pascual. Ce dernier a donc quitté la course. Je me retrouve seul, mais derrière moi, quelques coureurs sont proches. Roberto a été également soigné et après s’être reposé, avance rapidement. Je sais alors qu’à tout moment l’un d’eux me rejoindra.

 

 

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Je repars seul vers le CP12. Cette partie est très difficile, car le terrain monte sans cesse et dans du sable où l’on s’enfonce pas mal. La tente est difficile à localiser de nuit, elle se trouve le long d’une falaise et non éclairée. J’ai alors fourni un cyalume au Bédouin afin que les coureurs trouvent plus facilement cette tente. Ayant un drop bag à cet endroit, j’ai pu refaire l’appoint en piles et autres nécessités.

          Je suis reparti rapidement vers le CP 13 tout aussi difficile d’accès. La nuit était bien froide à cette heure. Il est nécessaire de ne pas trop ralentir. Le CP 13 se trouve dans une Oasis où des tentes de touristes, avec quelques chameaux, sont présentes. Je suis acclamé à mon arrivée. Je me restaure également rapidement, avant de repartir vers le CP suivant. Trop rapidement sans doute. Après avoir longuement tourné parmi des pierres immenses, je me retrouve pris de trouble dans les yeux. Impossible pour moi de fixer le sol. C’est sans doute dû à la fatigue. Et avant que le jour n’apparaisse, je me contrains à dormir une demi-heure dans le sable. C’est l’heure la plus difficile de la journée. Une fois que la lune disparaît, le froid devient intense. La fatigue aidant, le trouble dans les yeux me fait tituber et il devient inutile de lutter. Je n’arrive plus à avancer.  Je rejoins ensuite le CP14 avec pas mal de difficultés.

 

 

          Une fois arrivé à la tente, au lever du jour, je décide de dormir une demi-heure bien au chaud. C’est impressionnant comment mon horloge interne fonctionne à merveille. De fait, je regarde ma montre à chaque fois que je souhaite dormir, ainsi qu’à mon réveil. Et à 30 secondes près, je suis bien calé. Après une petite restauration avec ce qui se trouve dans ce CP, je repars vers le suivant, bien surpris de ne pas voir d’autres coureurs arrivés.

          Cette étape à une particularité. Les coureurs ne sont pas obligés de passer par les points intermédiaires qui rallongent pas mal la distance. Mais un des points intermédiaires a une particularité : il passe au sein du désert blanc avec une vue sur des monticules de pierres très particulières. Au départ de la course, mon appareil photo ne fonctionnait pas. Marianne qui ne courait pas avec le sien, me l’a prêté sous condition que je lui prenne quelques photos de cet endroit. Dans ma gestion de course, je me fais également fort de respecter chaque point de passage intermédiaire afin que personne ne puisse me reprocher d’avoir couru moins de km qu’un autre concurrent. Dans le cas présent, il serait plus simple avec le GPS d’aller droit vers le CP suivant.

 

          J’ai donc fait quelques photos avant de bifurquer sur le CP15. Là je me suis correctement restauré avant de retrouver notre directeur de course et notre caméraman. Ils étaient inquiets pour les CP suivants. Ils partaient donc rapidement s’assurer que tout allait bien devant, avant de revenir sur moi pour tourner quelques images. J’ai ainsi eu quelques informations sur la course sans trop de précisions. Je savais que 4 coureurs étaient proches, mais à combien d’heures ?????

 

 

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          Je me suis décidé à bien courir pour rejoindre le CP suivant au plus vite pendant qu’il faisait encore un peu jour. J’ai croisé, après 1h00 de course, le 4x4 du directeur qui revenait, confiant pour les CP suivants. Nous avons tourné quelques images ensemble; Alain, affirmant que le retour de Roberto et Pierre était assez proche, je l’ai rassuré en lui confirmant que durant la nuit, je me chargerai de creuser l’écart et qu’ensuite je terminerai cette course au feeling.

          Le CP suivant se trouvait après quelques grosses dunes. Principalement une énorme que je n’ai pas vu arriver car il faisait nuit. C’était comme un mur. Je l’ai gravie très difficilement à 4 pattes. J’enfonçais les mains au-delà des poignets pour ne pas trop redescendre. Je souhaitais y arriver, car la contourner me demanderait beaucoup de temps. Je suis, ma foi, arrivé en haut où un instant de repos s’imposait. On voyait très loin. Dans la direction du CP16, une petite lumière brillait. Elle se trouvait à 7km500. Il me restait à courir dans cette direction. Grâce à mes guêtres cousues sur mes chaussures et qui montent haut, je peux descendre des dunes sans avoir de sable dans mes chaussettes. C’est un atout supplémentaire pour moi et un confort très important pour mes pieds.

          A ma grande surprise, de nombreux moustiques me piquaient partout dans le dernier km. Sous la tente du CP, ces moustiques pullulaient. Ce CP se trouvait dans une Erg avec un point d’eau. Je n’ai pas pu rester longtemps. Tout le temps que je mangeais, un Bédouin se chargeait de tuer les moustiques qui se posaient sur moi. Je suis reparti, avec la sensation d’être boursoufflé de partout. J’étais piqué de la tête aux pieds. Cela m’a fortement motivé à rejoindre le CP17 en courant.

Je n’ai mis que 7h00 pour parcourir la distance du CP15 au 17.

          Le CP17 arrivait à point car j’avais très faim et de plus je souhaitais me reposer un brin. Mais impossible de réveiller les deux Bédouins endormis profondément. Je me suis donc débrouillé seul pour dormir 30 minutes et manger froid, une boîte de quenelles.

 

 

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          Rejoindre le CP18 fut ensuite très difficile. La nuit semblait encore plus froide que les précédentes. Vers 5h00, il m’est devenu à nouveau impossible de fixer le sol. J’ai encore été contraint de m’endormir dans le sable, mais le froid était si pénétrant que j’ai dû me revêtir de ma couverture de survie. Ensuite, j’ai rejoint le CP18 qui était la porte de la mer de sable. Pour y arriver, il y avait une dune qui grimpait environ sur 5km. J’y suis arrivé au lever du jour bien heureux de voir qu’aucun coureur n’était encore passé.

          Ce CP se trouvait au milieu de la montée. Cela signifiait qu’il en restait encore autant à grimper. Je repartais donc avec l’apparition des premiers rayons de soleil et de ce fait, le retour de la chaleur. J’étais le premier coureur à pénétrer dans cette mer de sable. Un petit Ténéré, composé d’un couloir de dunes sur une distance de plus de 100km. Il faut avoir alors un bon moral pour la suite.

 

 

          J’ai couru sur presque toute la distance malgré les difficultés. Et arrivé au CP19, j’étais heureux d’y retrouver Bernard pour discuter un peu. J’apprenais alors que mes concurrents n’étaient pas très proches. J’ai donc pris le temps de manger un bon repas préparé par ses soins, avant de repartir en même temps que lui. Il repartait avec un Bédouin en 4x4 pour installer les CP devant. Sinon, je n’aurais rien.

          J’ai décidé de faire la distance suivante, uniquement en marche rapide. Ce fut sage, car je n’ai pas mis moins de temps, mais j’ai limité la fatigue, et sous la chaleur c’est très important. Il est vrai toutefois, que j’arrive à tenir une moyenne élevée. Ma douleur au pied droit se répercute également sur le gauche. C’est maintenant les deux qui me font très mal. Et je n’arrive pas à faire passer cette douleur par mes massages. Je dois faire avec, mais cela m’empêche de bien dérouler les pieds.

          Au CP20, Bernard m’apprend que Roberto a été contraint de quitter la course suite à un problème de douleur au ventre. Il aurait été évacué vers un Hôpital …

Je le savais assez proche de moi, je pensais même un moment que nous aurions peut être terminé la course ensemble.

          Je suis ensuite reparti vers le 21 puis le 22 et le 23 avec toujours le même paysage. Mon rythme restait quasiment identique. J’avais le sentiment de bien avancer.

 

 

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          En quittant le CP23, je quittais cette mer de sable pour aller vers le Canyon qui marquerait la fin de la course. Peu de temps après ce CP, les dunes se faisaient de plus en plus imposantes. Le soleil se couchait et signifiait la fin de la chaleur. Je souhaitais arriver au CP24 avant la nuit, mais je n’avançais pas assez vite. J’ai dû allumer ma lampe frontale pour terminer les derniers kilomètres. Malgré ma lampe, je ne voyais pas grand-chose. Je n’arrivais pas à apercevoir le CP, alors que je m’en savais proche. Je faisais très attention où je posais les pieds, car la nuit m’avait vraiment surpris et semblait bien noire. En réalité, c’est à 200m du CP que je me suis rendu compte que j’avais encore mes lunettes de soleil sur le nez, et qu’en réalité, c’était juste la pénombre et que l’on voyait sans lampe frontale. Problème dû à la fatigue! Cette partie se trouvait avec de nombreuses pierres, qui me faisaient mal aux pieds. J’étais donc très vigilent.

          Dans le CP24, j’ai eu la surprise de ne pas avoir mon drop bag, et de ne pas avoir de quoi me restaurer. Le fait de ne pas l’avoir, devenait un souci pour moi. Je savais que je n’avais plus de pile de rechange et que je devrais donc gérer mon GPS et ma frontale pour les deux derniers CP. J’ai vite choisi de me passer de ma frontale. Je l’avais peu utilisée pendant les nuits précédentes. Je ne souhaitais pas arriver avant le lever du jour, c’est pourquoi j’ai décidé de dormir une heure avant de rejoindre le dernier CP.

Je suis reparti le ventre vide, mais le Bédouin qui tenait le CP m’a dépanné de 3 petites piles, que je lui ai rendues après course avec une vingtaine d’autres.

Après avoir quitté ce CP, ma douleur au pied droit se ressentait beaucoup car le terrain ne m’était pas favorable. S’en était fini pour le sable. En réfléchissant un peu, j’ai fait le lien entre ma chaussure détériorée du CP3 et ma douleur. Je me suis donc arrêté et j’ai fait un pansement à ma chaussure par-dessus ma guêtre à l’aide d’une bande élastoplaste. J’ai été surpris de son efficacité. Mais pourquoi ne pas y avoir songé plus vite ? C’est parce que mon pied était mal maintenu dans la chaussure que cette douleur est apparue. Erreur impardonnable, qui aurait pu avoir des conséquences plus importantes.

Pour rejoindre le CP25, il fallait sans cesse contourner des dunes et des massifs rocheux. Au lieu de faire 22 km, j’ai dû en courir au moins 30. Mais si proche de l’arrivée, cela n’avait plus d’importance.

 

 

          L’arrivée au CP25 a été très folklorique. De fait il y avait Bernard, et un Bédouin, Mohamed, qui m’attendaient. Mais en plus, il y avait un Fennec qui ne cessait de rentrer et de sortir de  sous la tente. Bernard m’a alors donné des nouvelles de Roberto. Il avait été opéré d’urgence d’une péritonite. C’est en partie pour cela que j’avais rencontré quelques problèmes de logistique et de nourriture. J’ai tout de suite relativisé, car mes problèmes n’étaient rien par rapport à la santé d’un concurrent.

 Le fennec nous a bien fait rire jusqu’à ce que l’on s’endorme tous les trois. A mon réveil 30’ plus tard, j’ai mangé un plat chaud et au moment de repartir, je me suis rendu compte que ce petit animal avait mangé les fils du casque de mon mp3, ainsi que certaines sangles de mon sac. C’était déjà moins marrant !

 

 

 

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             Pour rejoindre l’arrivée, Mohamed a ouvert la route avec son 4x4 en roulant devant moi. (C’était prévu par l’organisation car l’entrée du Canyon était difficile à trouver) Pour ce dernier CP Bernard souhaitait m’accompagner. Cela ne me dérangeait pas du tout, bien au contraire. Nous avons très bien avancé jusqu’à l’entrée de ce canyon. Mais une fois franchi l’entrée, nous sommes restés un moment, comme tétanisés par le spectacle.

 

 En effet, devant nous non seulement le paysage était comme magique avec la rencontre entre les dunes et la montagne, mais à l’heure même où nous pénétrions, le soleil se levait juste en face donnant une multitude de couleurs sur un tableau déjà grandiose.

          Nous avons effectué les derniers km à très petite vitesse appréciant au maximum cette nature. Je me rappelle avoir dit à ce moment, qu’avoir effectué 550km pour voir ces paysages, cela en valait la peine !

 

          Mon arrivée s’est faîte à 7h00 avec Bernard et Mohamed comme accueil ! Mais il restera mémorable tout de même !

 

 

 

Un grand merci à tous ceux qui m’ont soutenu dans cette énorme aventure !

Patrice

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