saintelyon 2008

Publié le par christophe cousin


christophe cousin a cette année encore ,pris le départ de la saintelyon ce 7 decembre 2008: 69 kilomètres en solitaire (vincent ne l'a pas géné dans sa progression , cette fois-ci... ).
Par ce recit détaillé ,il nous prouve une fois encore ses compétences sportives et rédactionnelles...
Chapeau mec!!!!!



Samedi matin, un repérage de la route menant au Parc des Expositions de Saint Etienne où je devais récupérer mon dossard et avant d’y revenir le soir pour le départ. Pour rappel, pour ceux qui n’auraient plus le format de cette course, la Saintelyon, en tête, il s’agit d’un trail, i.e. d’un parcours mixant bitume (55%) et bois/chemin (45%), d’une distance de 69 kms, comportant un dénivellé de 1300m positifs et 1700m négatifs, et reliant Saint Etienne à Lyon par les Monts du lyonnais.


Dossard récupéré, route en tête, je peux rentrer à Moidieu pour un déjeuner, à l’image du petit-déjeuner, sur le thème des pâtes ! Une semaine à ne m’alimenter que de féculents : finir cette course, a minima y participer, sera synonyme de retrouver les saveurs variées de la cuisine. Ne serait-ce que pour cette raison, le départ doit être pris.


Un après-midi à Lyon pour quelques emplettes et arrive le moment de rentrer à Moidieu pour une sieste, pour un plat de pâtes de plus et pour une préparation qui relève autant du nécessaire que de la religion.


Se préparer pour cette course, comme pour beaucoup de courses longues, c’est :

  1. s’appliquer des pansements sur les seins pour limiter les frottements et maintenir ces protections avec du sparadrap. Je laisse au lecteur imaginer ce qu’il en est de la phase de retrait ... Piquante et poignante.

  2. se masser les jambes d’une crème chauffante. Là également, en sus de l’effet en course, l’après-course n’est pas sans douleur, le passage de l’eau chaude de la douche pouvant donner une sensation de brûlure intense et profonde

  3. s’enduire de vaseline les aisselles et toujours pour réduire les échauffements

  4. préparer le matériel, i.e. la montre, la ceinture accueillant mes différents tubes de gel nourrissant (ou comment manger un demi-cochon en tubes), des gants, un bonnet, mais aussi l’inévitable lampe frontale.


Et cette lampe frontale a été un premier déclencheur de stress.

Ne l’utilisant que pour la Saintelyon, et donc une fois par an, le contrôle de l’état des piles avant le départ est incontournable. Chose que j’ai faite il y a deux semaines, retirant une des deux piles pour en acheter deux nouvelles du même type. Et alors que la lampe en contient en réalité ...  trois ! Ca confirme mes qualités d’observation hors pair. Appel urgent aux parents de Virginie partis dîner pour savoir où trouver une pile -neuve si possible du fait de la durée de la course - et finalement, nous amputons une lampe torche de son précieux organe. Partiellement consommé cependant et réclamant une approche très attentive de la consommation électrique durant la nuit. La Saintelyon ou le symbole de l’économie d’énergie : les moments de course lumière volontairement éteinte, sur le bitume, auront été nombreux.


L’électricité revenue, nous partons à 22h15 pour Saint Etienne, pour un départ de course prévu à minuit. Bien heureusement, j’ai appris le chemin pour rejoindre efficacement le Parc des Expositions le matin même. Bien malheureusement, je me suis trompé de route le soir. Qualités d’observation bis. 20 minutes à zigzaguer chez les verts et nous parvenons enfin à nous stationner à quelques pas du Parc à 23h40. Autant dire que la préparation mentale va être réduite à sa plus simple expression “J’y vais ou j’y vais pas ?”


Sans suspense, je décide de prendre le départ sous le regard continu et réconfortant de Virginie -qui n’est pas en collant et tshirt (même à manches longues), elle- et au rythme, comme tous les ans, de Light My Way de U2. La route du départ est large, mon courage beaucoup moins.


L’année précédente, et après quelques kms parcourus dans Saint Etienne, j’avais pu apercevoir un relevé de température sur un panneau, 1°C. Cette année, réchauffement climatique oblige, c’est par 2°C que la course débute. Un vrai réconfort. La suite de l’histoire dira que la température aura été plus basse plus loin et durant la plus grande partie de cette édition.


Les kms s’enchaînent. J’ai une douleur au pied droit, un chatouillis à la cuisse gauche, une oreille carrée. Ma psychologie de la course est très affective.


Et à la première grande étape, i.e. à 16 kms, je ne me sens pas au mieux, quelque peu fatigué, raide et alors qu’il me reste a priori encore 53 kms. Ceci me rappelle alors les propos que je tenais à Virginie durant notre trajet du soir pour Saint Etienne : les hésitations, les doutes, les faiblesses psychologiques ou morales entament vraiment le plaisir et l’intensité de la course. Mais, cette fois, j’ai su oublier rapidement ces instants, faire preuve d’une non-pensée et poursuivre mon chemin. Le fait que je n’ai pas -volontairement- pris de téléphone mobile empêchant toute récupération de secours a certainement participer à ma poursuite de la course.


Kms après kms, heures après heures, je cours avec toutes sortes de personnes, des hommes, des femmes, des couples (certains étant même reliés entre eux par un fil. C’est beau mais pas très sérieux vu l’état boueux du parcours), des gens jeunes, des moins jeunes, des personnes au sol après une chute, un homme le visage ensanglanté et a priori après lui aussi une chute, le combat avec un ours local semblant peu probable. Et un chat noir qui n’a pas trouvé meilleure idée que me couper la route après avoir laissé passer un groupe de quatre coureurs situé à quelques mètres de moi. Mieux vaut ne pas être superstitieux sinon tout est imaginable et par exemple l’annonce inopinée d’un parcours finalement allongé de 30 kms ! Les chats, une longue histoire avec moi ...


La nuit s’estompe petit-à-petit et Lyon se fait désormais très proche. A 15 kms de l’arrivée, je sens et ai envie de pouvoir allonger ma foulée pour d’une part améliorer mon temps final mais aussi parceque, et alors que je ressens des raideurs dans mes deux cuisses, je crois disposer encore de quelques ressources. Le défi me place tout de même sur une corde raide, toujours à la limite de la crampe qui me serait fatale.


Je poursuis mon chemin, maintiens mon allure et, sur les cinq derniers kms, assure un finish explosif (après 64 kms tout de même). Explosif pour une arrivée tout aussi explosive d’émotions dans le stade de Gerland, au bord des larmes après tous ces efforts nocturnes, tant physiques que moraux. Et pour une performance améliorée de 15 min, et plus généralement une course parcourue seul. Et cet état de solitude, sans mon compagnon Vincent, n’a jamais été sans m’inquiéter réellement, les pannes morales étant plus aisées à gérer à deux que seul.


En trois ans, j’aurais donc vécu cette épreuve trois fois, une première en relais avec les père et frère de Virginie, la seconde avec Vincent et sur la distance intégrale, et la troisième la nuit dernière, seul.


Je crois qu’aujourd’hui, et même si je ne performe pas comme un grand athlète ou un spécialiste de trail, que je ne finis pas exsangue, il me faut du repos. Du repos, bien entendu dans les prochains jours, mais aussi de cette course en général. Ces 69 kms, je les parcourais  probablement à nouveau, mais tout aussi probablement pas l’année prochaine. L’effort est intense et les risques de lassitude à répéter une même épreuve possibles.


Sans compter qu’il fait vraiment froid à minuit à Saint Etienne et alors que je pourrais dîner dans un des excellents restaurants de Lyon !



Christophe

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